Deux morceaux, comme d’habitude : cuida (l’ordre « prends soin ») + te (le fameux « toi »).
Traduction : « prends soin de toi ». Et là, bonne nouvelle : le français fabrique sa formule exactement de la même façon — un verbe à l’impératif, un pronom réfléchi accroché derrière. Tu ne pars pas de zéro du tout.
Cuídate : signification et fabrication de l’expression
« Cuídate » (prononcé /ˈkwi.da.te/) est l’impératif de deuxième personne du singulier (tú) du verbe pronominal « cuidarse ». On le traduit par « prends soin de toi », « fais attention à toi », et très souvent, en situation, par un simple « salut, à bientôt ».
Le point de départ, c’est le verbe cuidar. Le Diccionario de la lengua española de la Real Academia Española lui donne comme sens principal « asistir, guardar, conservar » — s’occuper de, garder, préserver. Le dictionnaire espagnol-français Larousse le rend par soigner, et par prendre soin de quand l’objet est une chose.
Mais le sens qui nous intéresse est celui que la RAE range sous l’étiquette prnl. (pronominal), c’est-à-dire quand le verbe se retourne sur son sujet : « cuidarse : mirar por la propia salud » — veiller sur sa propre santé. Larousse, lui, traduit cuidarse par se ménager.
Exactement, et tu viens de mettre le doigt sur ce qui distingue cuídate de toutes les autres formules d’au revoir !
Adiós, hasta luego, chao : ce sont des blocs figés, des mots-outils. Cuídate, non. C’est une vraie phrase, avec un vrai verbe conjugué, qui se trouve simplement occuper le poste d’au revoir. Un peu comme quand tu termines un message par « fais attention à toi » : personne ne t’a appris ça comme une formule, et pourtant tout le monde comprend que la conversation est finie.
C’est d’ailleurs pour ça que tu ne trouveras pas d’entrée « cuídate » dans un dictionnaire, alors que adiós ou hasta la vista y sont. Il n’y a rien à y mettre : la forme se calcule à partir du verbe. Et c’est une excellente nouvelle pour toi, parce que le jour où tu comprends le mécanisme, tu ne fabriques pas un mot — tu en fabriques une famille entière.
Ce que « cuídate » veut dire, en trois usages
【Au revoir affectueux】
・—Bueno, me voy. —Vale, cuídate.
(— Bon, j’y vais. — D’accord, prends soin de toi.)【Inquiétude réelle pour quelqu’un】
・Sé que trabajas mucho. Cuídate, por favor.
(Je sais que tu travailles beaucoup. Fais attention à toi, s’il te plaît.)【Simple politesse de fin de message】
・Nos vemos el sábado. ¡Cuídate!
(On se voit samedi. Salut !)
Tu as l’oreille juste, et c’est le seul vrai piège de cet article.
En français, « prends soin de toi » reste chargé : on le réserve à quelqu’un qui traverse quelque chose. En espagnol, cuídate a glissé bien plus loin vers la routine. On le dit au collègue qu’on croise, au chauffeur de taxi, à l’ami qu’on reverra demain. On y revient en détail plus bas — retiens juste que la formule espagnole pèse souvent moins lourd que sa traduction française.
Pourquoi ce « te » collé à la fin ? Le mécanisme des enclitiques
C’est la question qui arrête tous les débutants : d’où sort ce te, et pourquoi est-il soudé au verbe au lieu d’être écrit à part ? Réponse en trois étapes — et à chaque étape, tu vas voir que le français fait rigoureusement la même chose.
1. cuidar → cuidarse : le verbe se retourne sur son sujet
Cuidar tout seul demande une cible extérieure : cuidar a un enfermo (s’occuper d’un malade), cuidar la casa (garder la maison). Si tu veux dire que quelqu’un s’occupe de lui-même, tu ajoutes un pronom réfléchi et tu obtiens cuidarse.
Exactement comme le français passe de « soigner quelqu’un » à « se soigner », ou de « occuper » à « s’occuper ». Rien de nouveau sous le soleil.
Le pronom réfléchi change de forme selon la personne
yo me cuido — je prends soin de moi
tú te cuidas — tu prends soin de toi
él/ella se cuida — il/elle prend soin de lui/d’elle
nosotros nos cuidamos — nous prenons soin de nous
ustedes se cuidan — vous prenez soin de vous
⇒ Le te de cuídate n’est donc pas un ornement : c’est ce qui dit de qui il faut prendre soin.
2. À l’impératif affirmatif, le pronom passe derrière et se colle
Voilà la deuxième brique. Le Diccionario panhispánico de dudas de la RAE le formule sans détour : les pronoms atones « se posponen a las formas de imperativo » — ils se placent après les formes d’impératif. Et quand ils sont placés après, on les écrit « necesariamente soldados », obligatoirement soudés au verbe.
D’où : cuida (ordre) + te (pronom) = cuídate, en un seul mot.
C’est le même truc, et je ne vais même pas nuancer !
« Lève-toi », « dépêche-toi », « prends soin de toi » : le français range son pronom derrière l’impératif affirmatif, comme l’espagnol. La seule différence, c’est la colle. Nous, on met un trait d’union ; eux, ils écrivent tout attaché. Cuídate, ce n’est rien d’autre qu’un « soigne-toi » dont on aurait retiré le tiret.
3. À la forme négative, le pronom repasse devant
Et le parallèle tient jusqu’au bout. Le DPD précise que l’antéposition « es obligada cuando el subjuntivo va en forma negativa » : dès qu’on nie, le pronom redevient un mot séparé et repasse avant le verbe.
Le pronom fait la navette — dans les deux langues
● Affirmatif : cuídate ⇒ soigne-toi (pronom derrière)
● Négatif : no te descuides ⇒ ne te néglige pas (pronom devant)
● Affirmatif : preocúpate ⇒ inquiète-toi
● Négatif : no te preocupes ⇒ ne t’inquiète pas
Si tu as déjà entendu « no te preocupes » (ne t’inquiète pas) — et tu l’as entendu, c’est l’une des phrases les plus fréquentes de la langue —, tu as déjà pratiqué la règle sans le savoir. Cuídate et no te preocupes sont les deux faces de la même mécanique.
Petit bonus qui va te servir tout de suite : il existe une troisième position, celle du subjonctif.
En Espagne, on entend beaucoup « que te cuides » pour se quitter. Le verbe passe au subjonctif, un que apparaît devant… et le pronom quitte l’arrière du verbe pour repasser devant. Le DPD le confirme : dès que la forme dépend d’un autre verbe, explicite ou sous-entendu, le pronom se place avant. Traduction naturelle : « prends bien soin de toi », avec la même petite chaleur qu’un « fais attention à toi, hein ».
L’accent de cuídate : pourquoi cet accent écrit, et où tombe la voix ?
Deux pièges distincts se cachent ici, et on les confond tout le temps. Le premier est orthographique (pourquoi cuídate et pas cuidate), le second est phonétique (où faut-il taper quand on le prononce). On règle les deux.
Pourquoi l’accent apparaît-il alors que « cuida » n’en a pas ?
Regarde la transformation :
cuida ⇒ 2 syllabes : cui-da ⇒ voix sur l’avant-dernière ⇒ mot llano terminé par une voyelle ⇒ pas d’accent écrit
cuida + te ⇒ 3 syllabes : cuí-da-te ⇒ la voix ne bouge pas, mais elle se retrouve sur l’antépénultième ⇒ mot esdrújulo ⇒ accent écrit obligatoire
La règle espagnole est sans exception : tous les mots accentués sur l’antépénultième syllabe (les esdrújulas) portent un accent écrit. En ajoutant te, on n’a pas déplacé la voix — on a rallongé le mot par la droite, ce qui a suffi à le faire basculer dans cette catégorie.
Ta question est tellement légitime que la RAE a écrit un paragraphe entier pour y répondre !
Le Diccionario panhispánico de dudas dit, à l’article cuidar(se), que dans cuídate, cuídese et cuídense, l’accent se place « convencionalmente sobre la i » — conventionnellement sur le i — « aunque para una parte de los hablantes el acento prosódico recaiga en la u », même si pour une partie des locuteurs la voix tombe en réalité sur le u.
Autrement dit : ton oreille n’a pas tort, c’est l’orthographe qui a tranché pour tout le monde.
Le piège de prononciation propre aux francophones
Et maintenant le point sur lequel on repère un francophone à trois mètres. En français, l’accent tonique tombe naturellement en fin de mot : on dit chocolAT, téléphoNE, amitIÉ. Un francophone qui découvre cuídate l’attaque donc spontanément en « koui-da-TÉ ».
C’est l’inverse exact de ce qu’il faut faire.
Comment prononcer « cuídate »
✕ koui-da-TÉ (réflexe français : on pousse la fin)
〇 KOUÍ-da-té (espagnol : tout le poids est au début, la fin retombe)
● Le cui- se dit d’un seul souffle, comme « koui » dans « couiner » — jamais « kui-i »
● Le d entre deux voyelles est très mou, presque un th anglais de this : /ˈkwi.ða.te/
● Le -te final est bref et net : « té », jamais « teu »
⇒ L’accent écrit sur le í n’est pas une décoration : c’est le mode d’emploi de ta voix.
On te comprend, rassure-toi — mais tu vas produire par accident un mot qui existe ailleurs, et je trouve ça fascinant.
Si tu appuies sur la deuxième syllabe et que tu dis « cui-DA-te », tu ne fais pas une faute : tu passes en argentin. C’est la forme du voseo, celle qu’on utilise à Buenos Aires ou à Montevideo. Deux mots identiques à la lettre près, distingués uniquement par l’endroit où tombe la voix. Je t’explique juste après.
Cuídate, cuidate, cuídese : une forme par interlocuteur
Puisque cuídate est un vrai verbe conjugué, il change avec la personne à qui tu parles. Et c’est là que ça devient rentable : apprendre le mécanisme une fois te donne cinq formules d’un coup.
Toutes les formes de « prends soin de toi » en espagnol
●cuídate — à tú, une personne, registre familier ⇒ la forme à connaître en priorité
●cuidate — à vos (Argentine, Uruguay, Amérique centrale) ⇒ sans accent écrit, la voix tombe sur -da-
●cuídese — à usted, une personne, registre respectueux ⇒ « prenez soin de vous »
●cuídense — à ustedes, plusieurs personnes ⇒ « prenez soin de vous », à un groupe
●cuidaos — à vosotros, uniquement en Espagne ⇒ rare à l’oral, mais tu le croiseras à l’écrit
Non ! Apprends cuídate et cuídese, point.
Ces deux-là couvrent 95 % de ta vie réelle : la première pour les gens que tu tutoies, la seconde pour ceux que tu vouvoies. Les trois autres, tu n’as pas besoin de savoir les produire — juste de les reconnaître quand elles arrivent, pour ne pas croire que tu as mal lu.
Deux détails valent quand même le coup d’œil, parce qu’ils reviennent souvent dans les questions de débutants.
Le cas « cuidaos » : la lettre qui disparaît
Pour vosotros, l’impératif de cuidar est cuidad. On s’attendrait donc à cuidad + os = cuidados… sauf que non. Le DPD précise que « la segunda persona del plural del imperativo pierde la -d final cuando se le añade el enclítico os » : le -d tombe. Résultat : cuidaos.
Ce n’est pas un caprice, c’est une règle générale : sentad + os = sentaos, callad + os = callaos. Et accessoirement, ça évite de fabriquer un mot identique à cuidados, « des soins », qui existe déjà.
Le cas « cuidate » : deux mots pour le prix d’un accent
Dans une grande partie de l’Amérique latine, tú cède la place à vos, avec ses propres formes verbales. L’impératif de cuidar y est cuidá, accentué sur la fin. Ajoute le te, et la voix se retrouve sur l’avant-dernière syllabe — un mot llano terminé par une voyelle, donc sans accent écrit : cuidate.
cuí-da-te ⇒ à tú ⇒ Mexique, Colombie, Espagne, Pérou… ⇒ accent écrit
cui-da-te ⇒ à vos ⇒ Argentine, Uruguay, Costa Rica… ⇒ pas d’accent écrit
⇒ Même sens exactement. Si tu écris l’un dans la zone de l’autre, personne ne se vexera.
« Cuídate mucho » et les autres variantes que tu vas croiser
Comme cuídate est un verbe, il accepte tout ce qu’un verbe accepte : des adverbes, des compléments, un ton. C’est ce qui te permet de doser l’affection au millimètre — chose qu’adiós ne permet pas.
Les variantes classées de la plus légère à la plus chargée
【Neutre】
・Cuídate. ⇒ « Salut », « à plus », « fais attention à toi »【Chaleureux — le plus fréquent en fin de message】
・Cuídate mucho. ⇒ « Prends bien soin de toi »
・Cuídate bien. ⇒ même chose, variante courante en Amérique【Affectueux, on demande une réponse】
・Cuídate mucho, ¿sí? ⇒ « Prends bien soin de toi, hein ? »
・Cuídate, ¿vale? ⇒ version d’Espagne du même geste【Formule de départ, Espagne】
・Que te cuides. ⇒ « Prends bien soin de toi » (subjonctif, pronom devant)【À un groupe】
・Cuídense mucho, chicos. ⇒ « Prenez bien soin de vous, les amis »
Le mucho ne rajoute pas de la quantité de soin, il rajoute de la présence.
Littéralement, c’est « prends beaucoup soin de toi ». À l’usage, ça veut dire : « je ne dis pas ça pour dire quelque chose ». C’est le pas de plus vers l’attention sincère, celui qu’on fait pour quelqu’un qui part loin, qui est malade, ou qu’on ne reverra pas de sitôt. Si tu ne devais retenir qu’une variante de tout cet article, prends celle-là.
Et « te cuidas » à l’indicatif ?
Tu croiseras aussi, surtout au Mexique, un « te cuidas » à l’indicatif, sans impératif du tout — le Diccionario del español de México le donne d’ailleurs comme tout premier exemple d’emploi de cuidar.
Grammaticalement, c’est un constat (« tu prends soin de toi ») ; à l’usage, c’est une recommandation adoucie, quelque chose comme « bon, tu fais attention à toi, hein ». On y perd un peu de la fermeté de l’ordre, on y gagne beaucoup de familiarité.
Cuídate ou ten cuidado ? Ne les confonds surtout pas
Voilà la confusion la plus coûteuse du sujet, parce que les deux expressions viennent de la même racine et que le français les traduit parfois de la même façon. Pourtant, elles ne servent pas du tout au même moment.
La différence tient en un mot : le danger.
Cuídate ne parle d’aucun danger précis : c’est de la bienveillance générale, étalée sur les semaines à venir.
Ten cuidado parle d’un danger identifié, ici et maintenant. La RAE définit d’ailleurs le nom cuidado comme pouvant exprimer « recelo, preocupación, temor » — méfiance, inquiétude, crainte — et Larousse traduit tener cuidado con par « faire attention à ».
Deux phrases, deux situations
●Cuídate.
« Prends soin de toi. » ⇒ on se quitte, tu me souhaites du bien pour la suite
⇒ Traduction d’ambiance : à bientôt, fais attention à toi
●Ten cuidado.
« Fais attention. » ⇒ il y a une plaque de verglas, un chien méchant, une arnaque
⇒ Traduction d’ambiance : attention, là, maintenant
●¡Cuidado! (le nom tout seul, en interjection)
« Attention ! » ⇒ le cri qu’on pousse quand quelque chose va tomber
⇒ Sur le pas de la porte, on dit cuídate. Devant un escalier mouillé, on dit ten cuidado.
Bizarre, non — inefficace, oui. Personne ne freinera.
Ton cuídate sera reçu comme un au revoir affectueux, pas comme une alerte. Le mot que ton interlocuteur attend dans cette seconde-là, c’est ¡cuidado! — un seul mot, jeté, qui fait lever la tête. Pense-y comme la différence entre « fais attention à toi » et « attention ! » : en français aussi, seul le second arrête quelqu’un.
Cuídate ou « prends soin de toi » ? Là où la traduction ne colle pas
Sur le papier, l’équivalence est parfaite. Verbe pronominal des deux côtés, impératif des deux côtés, pronom accroché derrière des deux côtés. C’est même l’un des rares cas où l’on peut aligner les deux langues brique par brique.
cuída + te
↓ ↓
prends soin + de toi
⇒ Même ordre, même logique, même impératif. Ce que l’espagnol dit en un mot, le français le dit en quatre.
Mais l’usage, lui, ne s’aligne pas. Et c’est là que se joue ton naturel.
En français, « prends soin de toi » reste une formule marquée : on la sort à quelqu’un de fragile, à un proche qui traverse une épreuve, à la fin d’une conversation qui comptait. Sur un message de trois lignes envoyé à un collègue, elle paraîtrait presque déplacée.
En espagnol, cuídate a largement quitté ce territoire. Il ferme des conversations banales, des messages vocaux de dix secondes, des échanges avec des gens qu’on connaît à peine. Son poids réel dépend du ton, pas du mot.
C’est exactement ça, et c’est le conseil le plus utile que je puisse te donner sur ce mot.
Le réflexe francophone, c’est de le garder pour les grandes occasions et de ne jamais l’utiliser. Fais l’inverse : mets-le partout où tu mettrais un « allez, salut » un peu chaleureux. Tu ne risques rien — au pire tu passeras pour quelqu’un d’aimable, ce qui n’a jamais nui à personne.
Dernière remarque utile : cuídate se combine très volontiers avec les autres formules d’au revoir, et c’est même sa position naturelle. On l’entend rarement seul ; il vient plutôt en deuxième, comme la petite touche affectueuse qu’on ajoute après avoir dit l’essentiel.
【Les enchaînements que tu entendras réellement】
・—Nos vemos, ¡cuídate! ⇒ « On se voit, prends soin de toi ! »
・—Bueno, hasta luego, cuídate mucho. ⇒ « Bon, à plus tard, prends bien soin de toi. »
・—Chao, cuídate. ⇒ « Ciao, salut ! »
Nos vemos : signification, prononciation et comment y répondre
Comment répondre à « cuídate » ?
C’est la question qui bloque en situation réelle : quelqu’un te souhaite quelque chose de gentil, et le cerveau se fige. Bonne nouvelle, il n’y a que trois réponses à connaître, et la première marche partout.
La réponse universelle, celle que tu peux utiliser dès aujourd’hui sans réfléchir, c’est « igualmente ».
Le dictionnaire de la RAE la décrit comme le mot qu’on emploie « para responder con reciprocidad a lo que ha dicho el interlocutor » — pour renvoyer à quelqu’un ce qu’il vient de te souhaiter. Un seul mot, aucun risque de te tromper de conjugaison, et ça fonctionne aussi bien avec tú qu’avec usted.
Les trois réponses à connaître
①Igualmente. ⇒ « Toi aussi. » ⇒ la valeur sûre, tous registres, toutes régions
②Tú también. ⇒ « Toi aussi. » ⇒ plus chaleureux, plus personnel
・Vos también en Argentine et Uruguay
・Usted también si on te vouvoie
③Cuídate tú también. ⇒ « Prends soin de toi aussi. » ⇒ tu renvoies la formule complète
+ Et si tu veux ajouter un remerciement : Gracias, igualmente.
Pas nul du tout — c’est même très fréquent, et parfaitement naturel.
La seule chose à surveiller, c’est le pronom. Si la personne t’a dit cuídese (elle te vouvoie), ne réponds pas cuídate : tu passerais brusquement au tutoiement sans y penser. Renvoie cuídese, ou joue la sécurité avec igualmente, qui ne contient aucune marque de registre et te sort de toutes les situations.
Et si la conversation continue après ? Rien ne t’oblige à conclure. Cuídate n’est pas une porte qui claque : tu peux parfaitement enchaîner avec un hasta luego, un nos vemos ou une dernière phrase. C’est un au revoir souple, pas un point final.
Hasta luego : signification, prononciation et différence avec adiós
L’histoire de cuidar : un verbe qui voulait dire « penser »
On termine par la partie que je préfère, parce qu’elle réserve une vraie surprise aux francophones.
La RAE donne pour cuidar l’étymologie suivante : « Del ant. coidar, y este del lat. cogitāre « pensar » ». De l’ancien espagnol coidar, lui-même issu du latin cogitare, « penser ». Et le nom cuidado vient de cogitātus, « la pensée ».
Par le chemin le plus humain qui soit : penser à quelqu’un, c’est déjà s’occuper de lui.
« Penser à » ⇒ « avoir en tête » ⇒ « se préoccuper de » ⇒ « veiller sur » ⇒ « soigner ». Chaque marche est minuscule, et au bout de la descente le verbe a complètement changé de métier.
Et l’espagnol a gardé une trace de l’étape du milieu : quand la RAE définit cuidado par « recelo, preocupación, temor », c’est le vieux sens mental du mot qui refait surface.
Là où ça devient franchement réjouissant, c’est que le français a fait exactement le même voyage, deux fois.
Premier écho : le verbe « cuider », cousin oublié de cuidar
Le latin cogitare n’est pas passé qu’en Espagne. Il a donné en ancien français le verbe cuidier puis cuider, « penser, croire », attesté selon le CNRTL dès environ 1050 dans la Vie de saint Alexis, sous la forme quidier.
Ce verbe a vécu des siècles chez nous, puis il est sorti d’usage vers le XVIIe siècle. Mais il n’a pas complètement disparu : il survit, fossilisé, dans deux mots que tu connais.
・outrecuidance (attestée vers 1223)
« Le fait de se penser outre, au-delà de ce qu’on est » ⇒ excès de confiance en soi, présomption
・outrecuidant
Celui qui pense trop de bien de lui-même ⇒ arrogant, présomptueux
⇒ Le -cuid- que tu prononces sans y penser dans « outrecuidant », c’est littéralement le même morceau que le cuid- de cuídate.
Même famille, cousins éloignés, ambiances opposées — c’est tout le charme de l’étymologie !
Les deux mots partent du même « penser » latin. L’espagnol a suivi la branche « penser à l’autre » et a fabriqué de la tendresse. Le français a suivi la branche « penser à soi, et un peu trop » et a fabriqué une insulte. Deux virages pris à partir du même carrefour.
Deuxième écho : « penser » et « panser », la même histoire en français
Et si le glissement de « penser » vers « soigner » te semble encore exotique, regarde ta propre langue.
Le français a un verbe panser — panser une plaie, panser un cheval. Le CNRTL est formel : ce n’est pas un mot indépendant, c’est une spécialisation graphique du verbe « penser ». On disait penser un cheval au sens de s’en occuper, dès la fin du XIVe siècle, et l’orthographe s’est séparée en deux à partir du XVIIe siècle pour distinguer les deux emplois.
Le même trajet de sens, dans deux langues
Espagnol
lat. cogitare (penser) ⇒ anc. esp. coidar ⇒ cuidar (s’occuper de, soigner) ⇒ cuídate
Français
lat. pensare (peser, penser) ⇒ penser ⇒ penser un cheval (s’en occuper) ⇒ panser (soigner)
⇒ Deux verbes latins différents, un seul et même chemin : de la tête vers les mains, de la pensée vers le soin.
Voilà pourquoi cuídate ne devrait jamais te sembler étranger.
Ce n’est pas un mot espagnol bizarre à mémoriser par cœur : c’est une idée que ta propre langue a eue de son côté, avec ses propres briques. Penser à quelqu’un et prendre soin de lui, en latin comme en espagnol comme en français, c’est le même geste.
Cuídate : le récapitulatif
Voici, en un bloc, tout ce qu’il faut garder de cet article.
●Fabrication ⇒ cuida (impératif de cuidar) + te (pronom réfléchi soudé derrière) ⇒ exactement la structure de notre « soigne-toi »
●À la forme négative ⇒ le pronom repasse devant : no te preocupes, no te descuides
●L’accent écrit ⇒ obligatoire parce que l’ajout du te rend le mot esdrújulo. La RAE place la tilde sur le i par convention
●L’accent tonique ⇒ KOUÍ-da-té, jamais koui-da-TÉ ⇒ c’est le seul vrai piège pour un francophone
●Les autres personnes ⇒ cuídese (usted), cuídense (ustedes), cuidate (vos, sans accent), cuidaos (vosotros)
●Variantes ⇒ cuídate mucho (le plus fréquent, plus sincère), cuídate bien, que te cuides (Espagne), te cuidas (Mexique)
●Ne pas confondre ⇒ ten cuidado / ¡cuidado! signalent un danger précis, pas une affection générale
●Comment répondre ⇒ igualmente dans tous les cas. Sinon tú también, gracias, igualmente, ou renvoie la formule telle quelle
●Registre ⇒ beaucoup plus léger que « prends soin de toi » en français : utilise-le bien plus souvent que ton réflexe ne te le suggère
Si tu ne retiens qu’une chose : cuídate ne s’apprend pas, il se reconnaît.
Tu avais déjà la structure en français — l’impératif, le pronom réfléchi accroché derrière, et même l’idée que penser à quelqu’un revient à en prendre soin. Il ne te manquait que les briques espagnoles à poser à la place, et l’endroit exact où poser ta voix. Alors vas-y, et ¡cuídate mucho!
Real Academia Española, Diccionario de la lengua española, 23.ª ed. — entrées « cuidar », « cuidado », « igualmente » (https://dle.rae.es/cuidar)
Real Academia Española & Asociación de Academias de la Lengua Española, Diccionario panhispánico de dudas, 2.ª ed. — entrée « cuidar(se) » (https://www.rae.es/dpd/cuidar)
Real Academia Española & Asociación de Academias de la Lengua Española, Diccionario panhispánico de dudas, 2.ª ed. — entrée « pronombres personales átonos », § 2 et § 3 (https://www.rae.es/dpd/pronombres personales átonos)
Diccionario del español de México, El Colegio de México — entrée « cuidar » (https://dem.colmex.mx/Ver/cuidar)
Larousse, Dictionnaire espagnol-français — entrées « cuidar » et « cuidado » (https://www.larousse.fr/dictionnaires/espagnol-francais/cuidar)
CNRTL — Trésor de la langue française informatisé, entrées « cuider », « outrecuidance », « panser » et « soin » (https://www.cnrtl.fr/definition/cuider)